Sondage et centrisme : Bayrou reprends la main

J’avais déjà dans un billet précédent tout le bien que je pensais de la déclaration d’indépendance de M. Borloo. Il semblerait qu’après l’effet d’annonce la crédibilité centriste du sieur commence à s’étioler aux yeux des Français.

Je viens de recevoir un sondage réalisé par l’Ifop pour le compte de France Soir avec une question qui a été constamment posée depuis Novembre 2010 lors de cinq enquêtes différentes :  « Parmi les personnalités politiques suivantes, laquelle selon vous, incarne le plus les idées et les valeurs du Centre ? »

Déjà, je souhaiterai évacuer un point qui m’agace avec ce genre de question. En effet, bien rare sont les gens qui, si vous les interpeller dans la rue, seront capable même de manière caricaturale de vous dire ce que sont les idées et les valeurs du centre. Très rapidement ce qui ressort est plus une focalisation sur la personne que sur ses valeurs. Personne n’est pour ou contre le centre mais, bien plus souvent, pour ou contre Bayrou ou toute personne se réclamant du centre. Ça n’a l’air de rien mais c’est une quasi-révolution dans le monde centriste. Jacques Julliard, parlant de Bayrou dans la revue Le Débat, disait qu’il avait « gaullisé » le centrisme en mettant en avant cet engagement de l’homme dans une action singulière.

Ce sondage prends alors du sens car il permet de voir qui, dans cette optique, est capable de porter un projet qui ne soit pas liés aux idéologies de droite et de gauche.

Venons en maintenant au résultat. Après avoir accusé le coup de la déclaration « d’indépendance » de M. Borloo (décidément j’ai du mal à me faire à cet oxymore), François Bayrou reprends la main. Cela se joue encore dans un mouchoir de poche, 37% pour Bayrou et 33% pour Borloo avec une marge d’erreur de 2,8 points, mais la dynamique semble s’inverser.

Autre point intéressant, c’est qu’au moins 4% des personnes interrogées ne se prononcent pas. C’est le plus haut score des indécis depuis Novembre 2010. Cela montre qu’il reste encore à convaincre.

Pour les autres noms proposés, de Villepin (19%) et Morin (6%), la descente continue avec plus ou moins de résistance mais toujours avec une belle constance. Cela sous-entend que si l’année prochaine quelqu’un devait représenter le centre, cela devrait se jouer entre Bayrou et Borloo.

Regardons les chiffres un peu plus dans le détail. Un sondage n’est pas intéressant que dans son chiffre brut, il est aussi intéressant de le lire dans la répartition qui est faite entre les différentes catégories possibles.

Pour la répartition entre hommes et femmes, peu de choses à dire sinon qu’apparemment les hommes hésitent plus facilement à départager Bayrou et Borloo : un point d’écart seulement. Pour les femmes, par contre, c’est beaucoup plus net : 7 points d’écarts entre les deux. Il semblerait que M. Borloo ait plus de mal à être crédible pour l’autre moitié du ciel.

Là où les choses commencent à être intéressantes, c’est la répartition par classe d’age. Si Bayrou fait systématiquement mieux que Borloo pour les classes d’ages en dessous de 50 ans,entre 35 et 7 points d’écarts selon la classe, Borloo fait mieux pour les plus de 50 ans, entre 16 et 9 points. En recoupant avec les proximités politiques et les vote à la présidentielle de 2007, on s’aperçoit que Borloo représente le centrisme pour les conservateurs ! Les mauvaises langues diront que ce n’est guère difficile au vu de la dérive actuelle de l’UMP : il lui a suffit de ne pas bouger depuis 2007 pour se voir déporter au centre.

Bayrou peut de plus compter sur la fidélité des sympathisants Modem pour qui massivement il reste   plus crédible que Borloo, 17 points d’écart.

De son coté Borloo tente de se relancer via la confédération des centres mais, patatras !, son ami Morin casse tout de suite la vision centriste en la positionnant en concurrente de l’UMP. Je serais presque tenté de lui rappeler la fameuse prière d’Henri IV, le jour de son couronnement : « Mon Dieu, protégez moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge ! ». Gageons que les Français ne mettrons pas longtemps à séparer le bon grain de l’ivraie.

Il existe un chemin, ardu certes, pour une nouvelle voie mais il faut de la volonté et de la sincérité pour s’y engager. Et les Français réaliseront vite qu’un seul en est capable : François Bayrou.

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